Nourrir vos chevaux en hiver

Par Sophie Morisset  DMV, Diplomate ACVS

Pour que votre cheval soit en mesure de passer la saison froide sans perdre de poids et en gardant sa condition il doit recevoir une alimentation adaptée aux conditions hivernales sous lesquelles il vit. Contrairement à ce que la majorité peut penser, garder ses chevaux à l’extérieur en hiver n’est pas synonyme d’augmentation importante de la quantité de grains et de moulée qu’ils leur sont donnés. Pour la plupart, une simple augmentation de la quantité de foin sera nécessaire. Voici quelques explications qui vous permettront de comprendre les changements à apporter à l’alimentation de vos chevaux qui hivernent à l’extérieur.

Pour qu’un cheval soit capable de maintenir sa température corporelle, il faut qu’il y ait un équilibre entre sa perte et sa production de chaleur. Lorsque les températures extérieures chutent en bas de la zone thermiquement neutre du cheval (zone de confort), les pertes de chaleur au profit de l’environnement excèdent la production de chaleur corporelle. Plus les températures sont froides, plus la perte de chaleur est importante. Le cheval doit alors augmenter sa consommation d’énergie pour augmenter sa production de chaleur dans le but de rétablir l’équilibre. Les sources d’énergie à la disponibilité du cheval proviennent majoritairement de la nourriture qu’il lui ait fournie et de sa réserve de graisse corporelle. Comme la graisse est un important isolant contre le froid, il est préférable que le cheval n’ait pas à l’utiliser pour subvenir à ses besoins énergétiques augmentés. Pour éviter que votre cheval perde du poids tout en étant capable de résister au froid, son apport énergétique devra être modifié en fonction des conditions climatiques auxquelles il est soumis ainsi qu’au niveau de travail qu’il aura à effectuer durant la saison froide.

La zone thermiquement neutre (ZTN) se définit comme l’intervalle de température à l’intérieur duquel le cheval maintien sa température corporelle sans l’utilisation de surplus d’énergie. Cet intervalle dépend du degré d’acclimatation au climat de la région ou il vit. Un cheval vivant au Québec aura une plus grande tolérance au froid (température critique inférieure ou TCI) qu’un cheval vivant en Floride. Au Canada la TCI a été fixée à -15 °C pour les chevaux adultes en bonne santé et, à 0 °C pour les jeunes chevaux en croissance. En dehors de ces limites, le cheval a besoin d’un supplément d’énergie pour répondre à ses besoins. Un autre facteur doit être évalué lors de l’estimation de la résistance au froid d’un cheval : l’état et l’épaisseur de son pelage. Un cheval possédant une épaisse toison d’hiver aura une TCI plus basse qu’un cheval qui a été rasé. De plus un pelage mouillé augmente considérablement la TCI rendant un cheval au pelage d’hiver abondant moins tolérant au froid.

L’apport de nourriture nécessaire au maintien de l’activité métabolique d’un cheval adulte au repos à l’intérieur de sa ZTN représente environ 1,5 à 2 % de son poids. Lorsque les températures chutent sous sa TCI les besoins énergétiques augmentent de 2,5 % par degré sous la TCI. Si on prend comme exemple un cheval de 500 kg qui consomme normalement 2 % de son poids en nourriture, soit 10 kg ou 20 Mcal d’énergie digestible. Une chute de 5 °C sous la TCI correspondrait à une augmentation des besoins en énergie de 12,5 %, l’équivalent d’approximativement 1,25 kg de foin (en tenant pour acquis 2,0 Mcal/kg de foin). Donc pour chaque diminution de 5 °C sous la TCI une augmentation de la ration correspondant à 0,25 % du poids du cheval doit être faite. Lors de l’évaluation de la ration, il faut aussi prendre en considération l’effet du vent et de la pluie, car ils affectent la tolérance au froid. Pour une même température avec de la pluie et des vents, les besoins énergétiques sont beaucoup plus grands.

Chez la plupart des chevaux adultes en santé, une ration constituée d’un fourrage de bonne qualité servie à volonté, l’accès à un bloc de suppléments minéraux et de l’eau tempérée (2 à 10 °C) est tout ce qui est nécessaire pour qu’ils soient en mesure de résister au froid et de conserver leur poids durant l’hiver. En effet, le foin est la meilleure source d’énergie qu’on peut donner aux chevaux hivernant à l’extérieur. Le foin contient beaucoup plus de fibres que le grain et la fermentation de ces fibres par la flore bactérienne du caecum et du gros intestin produit de la chaleur que la digestion et l’absorption des grains dans l’estomac et le petit intestin ne fait pas. Il n’en demeure pas moins que certains chevaux auront de la difficulté à maintenir une production d’énergie nécessaire à leurs besoins durant les plus grands froids. On parle ici plus particulièrement des chevaux âgés, des juments en fin de gestation, des chevaux avec des problèmes de santé chroniques ou tout simplement de ceux qui on naturellement du mal à conserver leur poids corporel. Dans ces cas, il est recommandé de faire appel aux conseils de votre vétérinaire pour adapter la ration aux besoins particuliers de ces chevaux et dans certains cas de considérer de les garder à l’intérieur pendant les périodes plus froides. La supplémentation en moulée peut aussi s’avérer nécessaire lors d’hivers particulièrement froids et pluvieux où les demandes en énergie dépassent la quantité de foin qu’un cheval peut manger dans une journée. S’il devient nécessaire de supplémenter vos chevaux en grain, n’oubliez pas de le faire de façon graduelle pour éviter les problèmes de coliques et de fourbure.

Afin de réduire la compétition entre les chevaux qui sont des animaux sociaux fonctionnant à l’intérieur d’une hiérarchie de groupe et de permettre à tous d’avoir accès à une quantité de nourriture adéquate, il faut s’assurer qu’il y a plus qu’un seul endroit où le troupeau peut se nourrir. Les chevaux dominants ont tendance à empêcher les moins agressifs de manger, même si la quantité de nourriture est suffisante pour tous. C’est pourquoi on recommande l’utilisation de plusieurs stations espacées chacune avec assez d’espace individuel pour chaque cheval (environ trois mètres). L’utilisation de mangeoires est une bonne idée pour limiter les pertes, mais le foin peut aussi être laissé au sol à plusieurs endroits différents.

Les pâturages d’hiver ne devraient pas être considérés comme source de nutriments adéquats pour les chevaux gardés au champ en hiver. Leur valeur nutritive est insuffisante pour subvenir à leurs besoins énergétiques. L’utilisation de fourrage avec une énergie facilement digestible est recommandée. Les foins trop ligneux sont faibles en énergie, car ils contiennent peu de fibres digestibles, un mélange de foin de luzerne et de mil de qualité est généralement suffisant pour répondre aux besoins de la plupart des chevaux.

1- Adaptation du tableau originalement publié dans “Winter Care for Horses,” NebGuide G96-1292 écrit par Kathy Anderson, Extension horse specialist, University of Nebraska

NOTE : Les conseils cités dans cet article se veulent des conseils généraux qui s’appliquent à des chevaux adultes, en santé, habitués aux hivers québécois et qui sont destinés à passer l’hiver ou une grande partie de la saison hivernale à l’extérieur. Dans aucun cas, ces conseils ne devraient se substituer aux avis et recommandations de votre vétérinaire. Si vous considérez hiverner vos chevaux à l’extérieur cet hiver nous vous recommandons de réviser ce document avec votre vétérinaire afin de vous assurer de la bonne compréhension des informations fournies ainsi que de leur adaptation à vos besoins et à ceux de vos chevaux.

Les valeurs numériques utilisées dans cet article le sont à titre d’exemple seulement. Ces valeurs sont des moyennes approximatives calculées et elles ne devraient vous servir que comme point de départ pour vous aider à évaluer les besoins de vos chevaux.   Si vous avez des questions ou nécessitez des informations supplémentaires, n’hésitez pas à nous contacter ou à contacter votre vétérinaire.